Mis à jour : dimanche 14 mars 2021

Mon Mon, l'araignée d'eau

Résumé

La vie de l’araignée d’eau Mon Mon est bien terne : il passe son temps traîner une bulle d’air au fond de son étang pour s’en faire un nid douillet et à échapper à des prédateurs bien plus gros que lui.
Son quotidien est chamboulé avec la rencontre d’une jolie gerris, qui glisse avec grâce à la surface de l'eau, et dont il tombe amoureux. La nuit, dans sa bulle au fond du étang, Mon Mon ne peut s’empêcher de songer à son amour secret. Mais lui vit dans l’eau et sa belle à la surface…
Un jour, alors que la gerris manque de se noyer à cause d’un énorme poisson, Mon Mon la sauve d’une mort certaine. Tout d’abord apeurée par l'araignée d'eau, la gerris s'habitue à sa présence. Mon Mon pourra-t-il lui avouer son amour ? Ce sentiment sera-t-il partagé par la belle ?

Quelques mots sur le court métrage

Dès ses premières secondes, le court métrage Mon Mon, l'araignée d'eau dépeint admirablement bien la faune grouillante d’un étang, dans lequel vivent écrevisses, poissons, et une multitude d’insectes d’eau. Nous suivons la vie dangereuse de Mon Mon, et ses trésors d’ingéniosité déployés pour survivre au milieu de ces créatures à son échelle cyclopéennes, et par lesquelles il risque de finir avalé à chaque instant.

Comme il sait si bien le faire, Hayao Miyazaki alterne habilement ces moments de tensions avec des passages humoristiques. Comme où Mon Mon est embarrassé par sa bulle d’air capricieuse et a bien des soucis pour la dompter. Puis l’histoire s’oriente sur une relation platonique qui se terminera par une envolée de l’étrange couple au dessus de l’étang.
Avec ce court métrage, il semble vraiment que tous les thèmes préférés du réalisateur puissent s’adapter à n’importe quel sujet et à n’importe quelle sorte de personnage.

Qu'est-ce qu'une « araignée d'eau » ?

L'araignée d'eau est la seule espèce d'araignée connue à vivre dans l'eau. On dit qu’elles existent en Europe, mais on les trouve également dans les étangs de l'île septentrionale de Hokkaidô, dans la préfecture d'Aomori, et dans d'autres régions du Japon. L’araignée d'eau respire à travers un trou situé à l’extrémité de sa croupe. Après être remontée à la surface, elle attache une bulle d'air autour de son postérieur, lui permettant de se déplacer dans l'eau. Elle fait son nid dans une bulle d'air qu’elle fabrique dans les herbes aquatiques et tisse un fil pour l’y attacher (lire la Chronique de Mon Mon ci-dessous pour plus d’informations).

Cliquez pour lire la Chronique de Mon Mon dessinée par Hayao Miyazaki.

Note d’intention par Hayao Miyazaki

« Lorsque j’étais à l’école primaire, notre instituteur nous avait expliqué que les araignées avaient huit yeux et combien il était beau de regarder une araignée dite haetorigumo (araignée sauteuse) à travers un microscope, avec ses huit globes oculaires rouges juchés sur sa tête poilue noire de jais. A peu près à la même époque, j'ai aussi lu un manga avec une araignée qui vivait dans l'eau. Elle collait une bulle d'air sous l’envers d’une feuille d’herbes aquatiques et y vivait. J’ai trouvé cela fascinant, mais malheureusement, je n'avais aucun talent pour devenir entomologiste, aussi mon intérêt pour les insectes a peu à peu disparu.

Dans la salle du pyon pyon Totoro (le Totoro rebondissant) du musée Ghibli, lorsque nous avons créé nos boîtes panoramiques, j’en voulais vraiment une qui montre un monde sous-marin. J'ai toujours aimé regarder sous l'eau. Lorsque j’observe un ruisseau à la surface limpide ou un étang, j’ai toujours l’impression d’être en haut d'un grand bâtiment et de regarder un monde en contrebas. Et lorsque j’y trouve de minuscules êtres vivants, c'est encore plus excitant. Je m'émerveille devant des sangsues qui se tortillent, ou des petites crevettes transparentes qui dérivent comme des vaisseaux spatiaux dans un environnement en apesanteur. L’aspect des écrevisses est étonnant aussi. Je me souviens encore du frisson ressenti lorsque j’ai vu tous ces membres, pourvus de pinces ou de griffes, bouger. Je me suis toujours demandé à quoi ressemblait le monde pour ces minuscules créatures qui vivent dans l'eau. Les bulles d'air doivent leur sembler beaucoup plus souples que pour nous. Et dans leur environnement, les choses doivent être presque aussi légères qu'elles le seraient pour nous dans l'espace.

Avec cela à l’esprit, j'ai décidé de créer une boîte panoramique montrant une araignée d'eau dans une bulle. Et sur le champ, j'ai trouvé un titre pour elle : Mon Mon, l’araignée d’eau. Notre personnel a bien voulu dessiner des écrevisses et des grenouilles, et en arrière plan quelques petits poissons. Si bien que notre boîte panoramique Mon Mon, l’araignée d’eau a eu un grand succès parmi les enfants, et aujourd'hui encore. Chaque fois que je vois des enfants la regarder avec enthousiasme, je me surprends à sourire avec satisfaction.
Mais notre boîte panoramique s'est avérée différente de l'environnement naturel dans lequel vit l'araignée d'eau. Une de mes mauvaises habitudes est de dessiner les choses à partir de vagues souvenirs. Et donc, après avoir fini de dessiner, nous avons découvert après coup toutes sortes de documents de référence, et les gens ont ensuite commencé à nous envoyer des livres entiers d'informations.
En réalité, l'araignée d'eau respire par un trou placé sous sa croupe. Elle y attache une bulle d'air et l'utilise comme un détendeur pour respirer sous l'eau. Une fois la bulle d'air fixée à son postérieur, elle ne peut pas facilement en être délogée. L'araignée lie ce sac d’air avec du fil sous l’envers d'une feuille d'herbe aquatique, puis remonte à la surface et recommence à s’attacher une bulle d'air au postérieur. Elle agrandit ainsi progressivement sa bulle sous-marine et, lorsqu’elle est assez grande pour contenir tout son corps, l'araignée a terminé son nid. Dans celui-ci, elle mange ses proies et, simplement en gardant son postérieur dans la bulle, elle peut sortir sa tête dans l'eau et capturer toutes les proies qui passent à sa portée. Les enfants en visite au musée aimaient l’illustration de la boîte panoramique, il semblait donc dommage d’en changer. Une chose en menant une autre, j'ai commencé à songer à faire un film sur Mon Mon. Mais cela ne voulait pas dire que j’allais commencer immédiatement. L’idée revenait de temps en temps, elle murissait, puis je la classais à nouveau dans ma tête pour plus tard, jusqu’à l’oublier complètement.
Pourtant, dans ce processus, assez mystérieusement, j'ai commencé à remarquer toutes sortes de choses. J'ai commencé à m'inspirer des images que j'ai vues à la télévision. En marchant, je me suis retrouvé à observer des plantes poussant au bord de l'eau, à noter la frontière qui existe entre les plantes et l'air et à me demander toutes sortes de choses, comme comment, lorsque les sauterelles tombent dans l'eau, elles sont capables de sauter et d'éviter de couler.
Dans les tiroirs de mon esprit, j'ai lentement commencé à construire toutes sortes de formes et d'images. Il y a de moins en moins d'insectes qui nous entourent dans nos vies quotidiennes. Et il y a toujours plus d'enfants qui les détestent. C’est aussi vrai, devrai-je ajouter, pour les adultes. Et quand les parents détestent les insectes, leurs enfants les détestent aussi. Alors, s'il vous plaît, apprenez à les aimer. Nul besoin de les toucher, simplement ne les détester pas.
Je suis très heureux d’avoir pu faire un film sur une araignée d'eau. Je voudrais exprimer ma gratitude à notre personnel qui a travaillé si dur dessus et aux enfants que je vois regarder avec enthousiasme notre boîte panoramique, car ce sont eux qui ont rendu ce film possible. »

Hayao Miyazaki, 1er janvier 2006

Création du film

Hayao Miyazaki explique avoir été séduit par cette petite araignée d’eau qui passe sa vie sous-marine à tenter de cacher son existence. Parmi les 35 000 variétés qui composent la famille des araignées, seule celle-ci est amphibie. De nature très peureuse mais très travailleuse, elle passe son temps à charrier des bulles d’air sous l’eau. Le réalisateur lui trouve des ressemblances troublantes avec l’homme…

Le film entretient un lien étroit avec deux boîtes panoramiques du musée Ghibli, des installations, ancêtres de la caméra multiplane, présentes dans la première salle d’exposition permanente du musée.

Lorsqu’il fut décidé que trois nouveaux courts métrages seraient produits exclusivement pour le musée Ghibli, dans un premier temps, Miyazaki aurait voulu saisir l’occasion de réaliser un vieux projet intitulé Boro la chenille. L’une des boîtes panoramiques du musée portait déjà son nom. Mais son intérêt se reporta finalement sur une seconde boîte nommée Mon Mon, l’araignée d’eau. Cette seconde installation permettait au réalisateur de disposer immédiatement d’une base d’inspiration et de personnages prêts à être utilisés.

Mon Mon, l’araignée d’eau, la boîte panoramique.

L'animation

La directrice artistique Atsuko Tanaka avoue que le savoir-faire acquis tout au long de sa carrière ne lui a servit à rien pour ce film. Habitués à dessiner et à animer à l’échelle humaine, ses collaborateurs et elle-même ne saisissaient pas exactement comment assigner un caractère et des mouvements spécifiques à tous ces insectes. Hayao Miyazaki leurs a donc conseillé d’accentuer les détails.

Par exemple, pour Mon Mon, ils ont donc exagéré les mouvements de son corps, par rapport à ceux d’un être humain, pour parvenir à faire comprendre ce qu’il exprime. Autre souci, comme on ne voit pas beaucoup sa bouche, l’araignée d’eau donne la même impression lorsqu’elle est triste ou heureuse. Tous ces sentiments auraient été difficiles à exprimer sans avoir recours à l’exagération de ses mouvements. Quant à la gerris, Miyazaki a demandé à Tanaka qu’elle soit glamour. Mais la directrice artistique ne voyait pas comment rendre charmant et séduisant un personnage avec une tête d’échalote affublée d’un ruban !

C’est grâce aux effort conjugués de tous ses collaborateurs, qui multiplièrent les dessins, et en s’appuyant sur le film documentaire Microcosmos : Le Peuple de l'herbe (1996), que petit à petit, ils trouvèrent l’atmosphère générale du film. L’équipe ira même à élever réellement des médakas (ou Oryzias latipes, petit poisson originaire d'Asie du sud-est, très courant en aquariophilie) et des poissons-chats dans un aquarium. Jusqu’au jour où, en regardant à l’intérieur de celui-ci avec une loupe, Miyazaki s’est écrié : « Voila, c’est çà ! » À cette période, on pouvait, par exemple, observer des bulles d’air collées aux plantes marines et c’était exactement l’environnement recherché pour le film.

Au final, 30 000 cellulos furent nécessaires pour réaliser Mon Mon, l'araignée d'eau, notamment afin d’animer et de dépeindre fidèlement les bulles d’air et les ondulations de l’eau. Aux spectateurs qui verront le film, Atsuko Tanaka donne le conseil suivant : « Lors du premier visionnage, je vous conseille d’abord de suivre l’histoire. Lors du second, d’observer la flore. Et la troisième fois, d’observer le bestiaire du film. »

Les décors

Le directeur artistique du film Yôichi Watanabe a mis beaucoup de temps pour trouver le style des décors qui, à la demande de Hayao Miyazaki, devaient refléter le point de vue des insectes. Et quand il a vu l’e-konte (le story board), Watanabe s’est tout de suite dit que son travail allait être difficile car une grande partie du film se passe sous l’eau. Pour obtenir les différentes couches de décors, plus ou moins nettes en fonction de leur place dans la profondeur de l’image, Watanabe a rapidement décidé d’utiliser l’aquarelle qui lui permettait de mélanger facilement des couleurs sur le papier et lui offrait une plus grande liberté pour peindre.

L’équipe des décorateurs s’est elle aussi inspirée de l’aquarium, rempli de la terre et des plantes marines d’un étang, installé au studio pour cette production. Ils ont donc pu observer la forme des plantes, le mouvement de leurs ondulations dans l’eau, ainsi que leurs transparences.

Le premier décor dessiné fut celui de l’étang avec son eau stagnante. Watanabe avait alors utilisé des nuances de vert pour l’eau et pour les végétaux qui se réfléchissaient dessus. Miyazaki a trouvé cette couleur un peu sombre et lui a conseillé d’utiliser le bleu pour l’eau et le vert pour les plantes. Le réalisateur lui a également demandé de veiller à ce que le bleu ne soit pas trop saturé. L’ennui avec l’aquarelle, c’est que si une couleur a la bonne teinte au moment de peindre, elle se modifie en séchant. De plus, si on utilise le bleu pour l’eau dans une composition, s’il y a beaucoup de plantes, c’est toujours le vert qui va ressortir. Pour couronner le tout, Miyazaki a ensuite demandé à son directeur artistique que l’atmosphère sous-marine soit gaie et pas trop sombre. Une difficulté supplémentaire pour lui, car lorsque la lumière pénètre dans une eau profonde, elle devient rapidement opaque et oppressante.

Comme la salle de cinéma Saturne du musée Ghibli a été créée pour y diffuser des films divertissants et essentiellement à l’attention des enfants, Watanabe souhaitait lui aussi que les décors soient réalistes, mais qu’ils aient aussi une touche manga et prennent des libertés avec la réalité. Un peu comme Mon Mon et la gerris, qui ont été légèrement humanisés graphiquement.

Le doublage et la musique

C’est la pianiste, chanteuse et compositrice Akiko Yano qui se charge des « voix » du film. Elle retrouve ici un travail sur les sons assez similaire à sa performance réalisée pour le court métrage La chasse au logement. Dans le passé, Yano avait déjà collaboré avec le studio Ghibli en composant la bande originale du film Mes voisins les Yamada.

Les images du film sont accompagnées par la musique de Rio Yamase et son violon norvégien.

Crédits

Titre水グモもんもん (Mizugumo Monmon)
Mon Mon the Water Spider / Mon Mon, l'araignée d'eau
Histoire originale, scénario, réalisation Hayao Miyazaki
Directeur artistique Yôichi Watanabe
Directrice de l'animation Atsuko Tanaka
Contrôle de l’animation Hitomi Tateno
Couleurs Michiyo Yasuda
Directeur de l'animation numérique Mitsunori Kataama
Directeur de la photographie Atsushi Okui
Doublage Akiko Yano
Musique Rio Yamase
Producteur Toshio Suzuki
Production Studio Ghibli en coopération avec Mamma Aiuto Co., Ltd.
Date de sortie 2006
Durée 14 minutes 54 secondes

Sources : fascicule du court métrage Mon Mon, l'araignée d'eau - Turning Point: 1997-2008 par Hayao Miyazaki
Remerciements : merci à Yasuka Takeda pour les traductions